• Debout Peuple Libre

Covid-propagande : l’imposture, la démagogie et l’indécente réponse à l’indigence des Gabonais.

Christian EMANE NNA, Sciences Po Paris et MBA de l’ESG UQAM, Vice-président de Debout Peuple Libre, stratégiste et spécialiste des politiques publiques, pointe dans cette tribune, l’imposture, la démagogie et l’indécence de ceux qui dirigent le Gabon en réponse à l’indigence de nos compatriotes face à la Covid-19. Puis, il dénonce la pratique qui consiste à dépouiller l’Etat au profit des fondations privées et de la personnification et rappelle le cadre de l’exercice de l’action publique.


Le régime au pouvoir vient de livrer le bilan auto-congratulé du fonds personnel de son chef au profit des Gabonais Economiquement Faibles (GEF). Cette mise en scène révèle non seulement l’inaptitude et l’inconséquence de ceux qui sont à la tête de l’Etat mais aussi le bourbier dans lequel se trouve le Gabon. Dans quel pays sérieux a-t-on vu l’Etat et les populations recevoir une aide financière personnelle des gestionnaires publics ? Cet épisode, au moment ou la corruption et l’enrichissement illicite font l’actualité, ne manque pas de conforter les suspicions et de susciter des interrogations sur la fortune des acteurs publics.

Au demeurant, des doutes subsistent sur la réalité de ce fonds. Toutefois, si son existence était avérée, le niveau de son allocation et sa structuration, bien que discrétionnaires, ne semblent pas avoir été orientés par la rationalité. L’absence totale d’informations sur un dispositif opérationnel dédié, une chaine d’opérateurs non identifiés et des indicateurs qui traduisent l’infélicité de son impact, donnent matière à contredire sans ambages le claironnement impudique de son promoteur et de ses zélateurs.


Le fonds Covid-19 et la règle de trois qui réclame de la pudeur et le calme des ardeurs.

A l’analyse et dans la meilleure hypothèse, c’est-à-dire sans y inclure le coût de son fonctionnement, le rapport entre l’enveloppe de ce fonds et la taille du segment de la population cible, donne un impact absolument dérisoire qui réclame de la pudeur et le calme des ardeurs. S’inscrivant dans le cadre de la riposte contre la Covid-19, l’objectif prétendu de ce fonds était de prendre en charge les besoins de santé de 350 000 Gabonais Economiquement Faibles, sur les six derniers mois de l’année 2020.

Au-delà de l’annonce qui pouvait sembler louable, il s’avère que le montage financier et la vocation de ce fonds, présentent non seulement des incohérences, mais aussi de l’indécence parce qu’il surfe avec démagogie sur l’indigence et la misère des Gabonais. Au demeurant, nos compatriotes avaient déjà vécu pareille inconvenance au mois d’avril dernier, dans le cadre des activités de la furtive banque alimentaire. En effet, une fondation privée s’était arrogée le monopole de la collecte et de la distribution des aides alimentaires, dans un élan de providentialité usurpée, avec pour objectif de supplanter l’Etat en pleine crise sanitaire, au moment même où ce dernier avait besoin de crédibilité pour se légitimer et rassurer les populations.

En termes de chiffres, l’enveloppe brute de ce fonds était estimée à 2,1 milliards de Fcfa au bénéfice de 350 000 Gabonais Economiquement Faibles, durant six mois. Avec une simple règle de trois, on obtient une aide moyenne de 6000 Fcfa par ayant-droit et son échelonnement sur six mois, ramène à un montant de 1000 Fcfa par mois et par personne. En considérant le coût de la vie au Gabon, celui des interventions médicales et le prix des médicaments, une aide de 6000 Fcfa sur une période de six mois, est-elle conséquente pour faire face à la crise sanitaire ?

La réponse à cette question est sans équivoque. A l’échelle des besoins de nos compatriotes les plus fragiles et face à la crise sanitaire et ses conséquences, l’objectif de ce fonds, son orientation, sa gestion et son impact, étaient improbables à tous égards. Il s’agissait, assurément, d’une énième imposture servant à masquer l’incapacité du pouvoir à porter l’espérance et à inventer un avenir à notre pays.


La confuse et indélicate mobilisation des ressources de l’Etat.

En effet, dans l’hypothèse de l’effectivité ou de la réalité de ce fonds, la confidentialité de sa mise en œuvre, dans un contexte habituel de propagande exacerbée et l’opacité de son bilan détaillé, suscitent de la perplexité sur son efficacité et son impact réel sur la population cible. Aucune solution probante, conjoncturelle ou structurelle, ne semble avoir été apportée. Du reste, en plus de l’investissement au profit des bénéficiaires, sa mise en œuvre efficiente doit prendre en compte ses besoins en fonctionnement. Or, en matière de planification organisationnelle, le coût de fonctionnement d’un tel projet représente entre 8 et 15 % de son enveloppe globale, selon les cibles, le périmètre et la durée.

Ce fonds dont l’enveloppe supposée se chiffrait à 2,1 milliards de Fcfa, aurait donc nécessité, au bas mot, une allocation de 168 millions de Fcfa pour son fonctionnement. Au regard des confusions et de l’usage privé des biens collectifs auxquels ceux qui sont à la tête de notre pays ont habitué les Gabonais, il serait intéressant de savoir qui de l’Etat ou du bailleur supposé a supporté la charge du fonctionnement de ce fonds. Les Gabonais sont fondés à exiger des informations sur le rendement et l’impact de ce dispositif, les modalités et le coût de son fonctionnement. Il n’est pas accessoire de rappeler que ce fonds est une initiative privée, mais avec une implication publique parce qu’ayant mobilisé les ressources humaines et techniques de l’Etat, notamment, de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et de Garantie Sociale (CNAMGS). En l’occurrence, la notion de coût/bénéfice est donc loin d’être superfétatoire. Au demeurant, en pleine crise sanitaire, la direction générale de cet organisme présentait des difficultés de trésorerie au point de rejeter des prises en charge inhérentes au traitement de la Covid-19.


L’Etat, dépouillé au profit de la prédominance des fondations privées et de la personnification.

Au Gabon, la gouvernance et la pratique politique sont aux antipodes des principes du service public. L’action de l’Etat est très souvent alimentée par les convenances personnelles des élites politiques et administratives. L’Etat est par essence impersonnel et ses décisions, son action et son animation doivent en être le reflet. Une initiative privée portée par un citoyen, quels que soient ses liens, ses responsabilités ou son influence, ne doit ni mobiliser les ressources publiques à son profit, ni personnifier l’Etat. Bien évidemment, ce qui est soutenu ici, fait la distinction entre une convention de partenariat public/privé et la privatisation des moyens de l’Etat.

Il est louable que dans un contexte où la misère et la précarité minent le quotidien des Gabonais, la contribution de la société civile soit un levier de dynamique sociale et d’inclusion de nos compatriotes les plus vulnérables. Ce qui est intolérable et condamnable, ce sont la récurrence et la normalisation d’une pratique qui consiste à dépouiller l’Etat au profit de la prédominance des fondations privées et de la personnification. Cette pratique est de toute évidence, une usurpation, une imposture et une forfaiture. Il est inacceptable qu’en toute illégalité, les moyens de l’Etat soient mobilisés au service des organisations privées.

Trop souvent, des projets publics de grande envergure sont détournés au profit d’organisations privées portées par des agents publics, des dirigeants politiques ou leurs affidés. Assurément, cela favorise la déperdition et la dilapidation des ressources et obère fortement le développement de notre pays.


La redevabilité et l’efficience, deux des principaux leviers de la performance publique.

De toute évidence, il y a une différence marquante entre l’action publique et les actions de solidarité des organisations non gouvernementales. Dans le premier cas, il s’agit de missions de service public et d’intérêt général assurées par l’Etat et ses démembrements. Le deuxième cas, concerne les actions d’inclusion et d’intégration sociales menées par des acteurs privés, au profit des populations, selon des critères établis librement et discrétionnairement.

L’Etat, pour la prise de décision, la planification, l’exécution et l’évaluation de son action, s’inscrit absolument dans un cadre fixé par la loi. Son déploiement et la mise en œuvre de ses actions doivent répondre à plusieurs obligations et finalités, parmi lesquelles, la redevabilité et l’efficience.

La redevabilité exige de l’agent public qu’il rende compte aux responsables politiques et aux citoyens, directement ou à travers leurs élus, de la mise en œuvre de l’action publique et du rapport entre les résultats attendus et les résultats obtenus. Cette démarche intègre donc l’amélioration de l’imputabilité dans le processus de l’action publique, par l’obligation d’établir un reporting de ses activités à sa hiérarchie administrative et politique ou à la population, dans une approche à la fois informative et évaluative.

L’exigence de redevabilité de l’action publique est consolidée par sa complémentarité avec l’exigence d’efficience. Celle-ci consiste à la rationalisation et à l’optimisation des ressources humaines, techniques et financières de l’Etat dans la conduite d’un processus ou d’un projet. Cette dimension couvre à la fois la prise de décision, la planification, l’exécution et l’évaluation.


La démocratie, l’éthique et le respect des principes républicains.

Dans tous les cas, la situation du Gabon, caractérisée par l’inconséquence, le non respect de la souveraineté du peuple et de l’Etat de droit, la violation des principes démocratiques et républicains, a des conséquences désastreuses sur la vie politique, économique et sociale. L’illégitimité des gouvernants qui procède de leur rejet par les Gabonais, se trouve à la fois justifiée et renforcée par des choix hasardeux, qui conduisent à la déliquescence et à la déroute de notre pays et cela, avec une mise en péril de notre vivre ensemble.

Le redressement nécessaire au développement du Gabon ne sera possible qu’à la faveur de la démocratie, l’éthique et le respect des principes républicains. En effet, ces éléments essentiels à la félicité de la majorité des grandes nations, manquent cruellement à notre vie publique et cela se ressent dans la vie quotidienne des Gabonais.

La démocratie, l’éthique et le respect des principes républicains sont des enjeux majeurs pour le développement de notre pays. Dans ce sens, au moment de redresser le Gabon avec un pouvoir paré de la légitimité et de la souveraineté du peuple, il nous faudra imposer de nouvelles règles de bonne gouvernance. Le cœur de cette démarche étant, bien évidement, la confiance des citoyens en leurs institutions avec, à la clé, un exercice impersonnel du pouvoir et de l’action publique.


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